Belgique, terre d'excision

Trois millions de femmes sont victimes de mutilations génitales chaque année. Chez nous, les demandes se multiplient.

Pour chaque réunion contre l'excision, trois autres se tiennent pour dire que cette tradition a du bon.

Dans le livre Fleur du désert paru en 1997, la Somalienne Waris Dirie racontait son histoire de petite bergère devenue top-modèle international. Aujourd'hui adapté au cinéma, ce destin hors du commun sert de plaidoyer contre les mutilations génitales dont l'ex-mannequin fut victime à l'âge de trois ans. L'excision, qui consiste en l'ablation du clitoris et des petites lèvres, voire la suture des grandes lèvres (infibulation). Plus de trois millions de filles et de femmes subissent ces pratiques chaque année, principalement en Afrique subsaharienne. Mais vu les flux migratoires, l'Europe est désormais elle aussi concernée. Des cas ont été recensés en Allemagne, en Hollande et en Angleterre. En France, l'excision a même donné lieu à plus de 20 procès depuis les années 80.

Et en Belgique? A ce jour, aucune preuve ne permet d'affirmer que des mutilations génitales ont été pratiquées chez nous. Mais de nombreux éléments indiquent que l'excision concerne aussi notre pays. En janvier 2002, le nombre de femmes excisées résidant en Belgique était estimé à 2.745. Et on craint que quelque 280 fillettes nées en Communauté française ne reviennent mutilées d'un séjour au Ghana, au Mali ou en Guinée. C'est ce que Bassi, originaire de ce pays, comme 80 % des femmes excisées qui arrivent aujourd'hui en Belgique, redoute le plus pour ses filles de 5 et 2 ans. "Je suis venue en Belgique pour sauver mes filles. Pas question de rentrer là-bas, où l'on dit que je suis une pute. Où l'on me tuerait." Son amie Binta, enceinte et originaire de Guinée elle aussi, tient le même discours: "J'ai été excisée par ma mère. Je ne veux pas que mon enfant grandisse dans un pays où les filles et les femmes doivent subir cela".

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En Belgique, la loi condamne quiconque aura pratiqué, facilité ou favorisé toute forme de mutilations génitales féminines (MGF). Le secret médical a même été levé; l'absence de dénonciation est donc considérée comme non-assistance à personne en danger. Suite aux campagnes de sensibilisation de ces dernières années, notamment auprès des professionnels de la santé, ce message commence à passer. Deux plaintes, dont l'une à l'égard d'un médecin, ont été récemment déposées. Et en 2006, six gynécologues flamands interrogés lors d'une enquête affirmaient avoir reçu des demandes d'excision. Treize s'étaient également vu questionner sur les possibilités d'excision en Belgique. Interrogés à leur tour en 2007, leurs homologues francophones ont déclaré huit demandes d'excision ou d'infibulation cette année-là. "On peut se demander où sont alors allées les familles qui ont essuyé ces refus?", s'interroge Céline Verbrouck, avocate spécialisée dans le droit d'asile et fondatrice de l'association Intact qui offre une aide juridique aux femmes victimes de mutilations.

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Et le plaisir?

Sans en attendre les résultats, la Belgique devrait bientôt octroyer le remboursement des opérations de reconstruction. Cette démarche médicale devrait toutefois s'accompagner d'une prise en charge incluant des psychologues et des sexologues. Inaugurée il y a quelques mois, la "clinique du périnée" du CHU Saint-Pierre, à Bruxelles, assure cet encadrement multidisciplinaire. Elle accueille en moyenne une ou deux femmes par semaine pour des problèmes liés à l'excision. "Seulement 30 % d'entre elles demandent une reconstruction, explique Martin Caillet, cofondateur de cette clinique. Il s'agit surtout de femmes jeunes, qui souhaitent une vie de couple épanouissante. Mais jamais on ne leur promettra qu'elle grimperont au plafond, comme elles le croient parfois." D'ailleurs, la question n'est souvent pas là. "Pour certaines femmes, note Fabienne Richard, cette opération peut juste être le point de départ d'une reconstruction avant tout identitaire, le début d'une nouvelle vie en tant que femme comme les autres."

Anne-Cécile Huwart

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INTACT peut également soutenir et guider la personne qui nécessite une protection ou qui en souhaite déposer plainte pour (tentative) de MGF. L’association a la possibilité d’agir en justice (sous réserve de la recevabilité de l’action) en vue de protéger une personne menacée ou une personne victime de mutilation génitale.

Vous pouvez également contactez le GAMS Belgique au +32 (0)2 219.43.40

En cas d’extrême urgence, appelez la police au 101 ou 112.

Lettre de la Présidente

Chers amis d’Intact,

En 2008, Intact était née sous l’impulsion de bénévoles.

Nous faisions face au constat d’un besoin d’expertise juridique pour lutter contre les mutilations génitales féminines et autres violences associées (tels les mariages forcés).

Un an et demi plus tard, grâce à la mobilisation d’un incroyable réseau et à la confiance de nombreux donateurs, Intact a pu obtenir des subsides européens, co-financés par différentes institutions et ministères belges.

Nous avons eu jusqu’à 5 salariés pour mener des formations juridiques, réaliser des études, organiser des colloques, concevoir des outils pour les professionnels (secret professionnel, asile, etc.), …

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Carte blanche

Justice, police et aide à la jeunesse : les dernières des priorités ?

Le grand public commence à intégrer les enjeux climatiques et à faire pression sur les politiques pour qu’ils les prennent réellement  en compte. Parfait.

Par contre, les enjeux « Police – Justice – Aide à la jeunesse », ce même public, éloigné au quotidien de ces thématiques, ne les perçoit pas encore avec la même acuité.

Et pourtant... les signes de dérèglements graves sont bien présents, à l’instar des conséquences du réchauffement : condamnations répétées de la Belgique par la Cour européenne des droits de l’Homme pour l’état de nos prisons, désespoir des policiers submergés par la bureaucratie, appels à l’aide des magistrats, prise en charge efficace des enfants en souffrance, etc.

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NOTE du 30 avril 2019

Réaction d’INTACT à la politique modifiée de la CGRA sur les MGF

« Les parents des filles mineures ‘intactes’ dans un vide juridique »

Cette politique du CGRA entraine un affaiblissement du statut de réfugié dérivé pour les parents d'une fille mineure ayant une crainte reconnue des MGF, fondée sur une limitation du principe de l'unité familiale à une condition purement matérielle de dépendance (" à charge "), contrairement à l'intérêt supérieur de l'enfant.

Introduction

Ce mémorandum a été rédigé par INTACT en réponse à la politique du Commissariat générale pour les réfugiés et les apatrides (ci-après : CGRA) concernant l'évaluation des demandes de protection internationale soumises par les parents au nom d'une fille qui craint des mutilations génitales féminines (ci-après : MGF).

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Communiqué de presse : arrêt du 11 février 2019 du Tribunal fédéral (Suisse)

 

Le Tribunal fédéral confirme la condamnation d'une femme de Somalie, qui avait faitexciser ses filles dans son pays d'origine avant leur venue commune en Suisse. Il rejette le recours formé par celle-ci contre le jugement du Tribunal cantonal du canton de Neuchâtel.
https://www.bger.ch/files/live/sites/bger/files/pdf/fr/6B_77_2019_2019_02_22_T_f_15_56_43.pdf